à la Une

LA MUSIQUE PARLE – Poème dédié au musicien et poète TIM LASER –

PHOTO MUSICIENS 23 10 18 

LA MUSIQUE PARLE

L’esprit qui me tendra la main m’entraînera vers un jardin secret et nu, je serai submergée de rêves. Je leur donnerai un visage, un corps, un nom, je ne les nommerai qu’au fond de mon cœur, je l’ai toujours su même une pierre pense.

Quelqu’un me traversera, traversera mon corps diurne et nocturne. Qui suis-je demanderai je et une voix me répondra : l’eau que je suis en train de boire, un rêve, personne en particulier.  Ecoute cette femme qui réclame de l’amour, écoute cet homme qui se plaint. N’as-tu donc pas choisi ceux que tu voulais reconnaître ? Si tu recherches la lumière, tu trouveras la lumière, si tu recherches l’ombre, tu la trouveras.  

 Ici, tu pleures contre le rebord d‘une fenêtre. Tu te répands en lamentations doutant de ta propre existence, te reprochant de n’avoir pas suffisamment aimé, d’avoir laissé partir ceux que tu aimais. Tu pleures en vain.

 Suis donc les chemins de l’invisible nuit. Ils s‘adressent à un mort, pourquoi, comment ? C’est donc qu’il est quelque part ce mort. Il s’exprime à travers le visage triste de son ami, il est là parmi les musiciens qui jouent pour lui. Il est là bien sûr pour tous ses amis;  Il n’a pas besoin de se montrer pour être, Tim LASER !

 Paris, le 24 Octobre 2018

 Evelyne Trân

Publicités
à la Une

ADAMA OUEDRAOGO dit « Flute man » en concert le 19 NOVEMBRE 2016 à 16 H 30 à la Librairie PUBLICO – 145, rue Amelot 75011 PARIS –

adama-ouedraogo

Photo D.R.

Le multi-instrumentiste et compositeur Adama OUEDRAOGO, également conteur et pédagogue,  joue des instruments traditionnels du Burkina Fasso essentiellement la flûte , l’arc à bouche, la sanza  qui proposent autant de voyages dans un temps mythique.

Il s’est produit sur scène dans son pays d’origine mais également en Italie, en France et notamment en Belgique lors du festival ESPERANZA où il a rencontré un franc succès. 

Il est considéré par ses pairs et ses compatriotes comme « l’un des gardiens de la mémoire ancestrale » Ce faisant, il continue à explorer au présent le patrimoine musical burkinabé et peuhl puisqu’il est compositeur. 

Un concert en participation libre aura lieu le 19 Novembre 2016 à 16 H 30 à la Libraire PUBLICO 145 Rue Amelot 75011 PARIS -.

Nous vous invitons à visionner « Le Souffle de la tradition »: un reportage assez poignant sur le parcours artistique et humain d’Adama OUEDRAOGO.

DOSSIER DE PRESSE

P.S. : Adama OUEDRAOGO est l’invité de l’émission « DEUX SOUS DE SCENE  » sur Radio Libertaire 89.4 , le samedi  5 Novembre 2016, en podcast sur le site Grille des émissions Radio Libertaire pendant un mois.

 

Paris, le 15 NOVEMBRE 2016                           Evelyne Trân

Ode aux enveloppes

ENVOL CARTE

TAKESADA MATSUTANI

Stream Osaka (Osaka Contemporary Art Center 1982-83)

Crayon graphite sur cartes postales

Une enveloppe cachetée a échu entre mes mains. Elle venait d’ailleurs, d’un autre âge, d’une autre époque, elle avait plus de soixante ans. J’avais l’impression d’être devant une tombe. Alors pour me faufiler dans cet ailleurs, j’ai réfléchi que j’étais moi-même grisonnante et qu’en soustrayant un peu de mon âge, je pouvais m’aligner sur n’importe quelle bulle de temps aussi expiatoire soit-elle.

 Tribulation enfantine : toujours mettre un peu de soi dans une enveloppe, en tout cas une espérance, un rêve, un sentiment, un peu de mystère scellé au bout d’une pensée.  Comment ne pas être ému en ouvrant une enveloppe, comment ne pas croire voir s’échapper quelque cri, quelque soupir d’aise. Enfin, je suis ouverte dit l’enveloppe miraculée (c’est Pâques).  Elle n’eût pas été ouverte que le temps ne se fut pas arrêté. Mais le temps est un mime, il se joue de nos reflets et nos songes. Qu’importe puisque l’enveloppe scellée, abandonnée, au moment de son ouverture lâche un grand soupir et à la lumière du jour libère son message. Il jaillit soudain comme une puce sous l’oreille, il se moque du temps qui a passé, il le célèbre. Il ancre ses songes sous le jeune avenir comme croupit un nuage en dentelles. Il fend l’air comme une libellule. Il faut – balustrade d’un mot sur une toute petite échelle – faire scintiller quelque brindille échappée d’un amour, d’un aveu, d’une crainte enveloppés, cachetés. Que le mystère jaillisse du bec d’une enveloppe qui prendrait la forme d’un avion en papier. Quoi ? Oser déflorer une gentille enveloppe restée vieille fille par surabondance de nuages. Je les veux subsister à tous les courants d’air, tous les petits élans de l’âme qui obéissent à quelques rites : l’enveloppe, le timbre, l’adresse et l’effort d’écrire.  Oui, je l’écoute cette chaîne de lettres entrelacées qui davantage que des ombres fayotent contre le mur du temps qui redevient hirondelle de passage. A travers une coulure du temps ou sa moulure, écouter une enveloppe qui craque comme un poussin sort de sa coquille. Songer aux yeux hagards du destinataire qui va soit l’ouvrir, soit l’abandonner dans un  coin. Subir cette hallucination : je suis l’enveloppe. Alors, être là au moment de l’ouverture, ouf ! C’est tellement étrange de s’envoyer soi même, avec le recul n’est-ce pas, la distance nécessaire entre l’expéditeur et le destinataire pour que la réception ait lieu. Quoi ? Encore regarder un oiseau emporter en son bec un rameau, comprendre qu’il voyage aussi, qu’il travaille, qu’il fait son nid. A travers des lettres c’est le frémissement de brindilles que je surprends sur les lèvres de n’importe quel scribe et je ne puis m’empêcher de souffler à tous ceux qui ne se servent plus de leurs mains pour écrire : quel dommage, vous avez quitté l’oiseau en vous, de vos gestes, de vos caresses. Vous ignorez que vos doigts peuvent chanter à toute allure sur du papier, qu’il peuvent réciter au delà de la coulure d’une date car ils connaissent l’étoile du jour et de la nuit avant de se poser.

Cet oiseau qui vient se poser sur votre épaule, entendez le comme la confidence d’un messager qui a voyagé avant d’arriver jusqu’à vous. Remerciez le !

Evelyne Trân       

Bernard DIMEY – Père & Fille – Une incroyable rencontre – Le spectacle musical de Dominique DIMEY – Création au Festival Off d’Avignon du 05 au 28 juillet 2019 – Théâtre Le Cabestan 11, rue Collège de la Croix – 84000 Avignon – Réservation et information : 04 90 86 11 74 et Ticket Off – Jours et horaire des représentations : Du lundi au dimanche inclus à 12h10 (Relâches tous les jeudis) – Durée du spectacle : 1h10 .

Dominique DIMEY était l’invitée de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio Libertaire 89.4,  le 29 Juin 2019 en podcast sut Theatreauvent.com

DEUX SOUS DE SCENE 29 06 19

 

Conception et mise en scène : Bruno LAURENT

        Avec Dominique DIMEY (jeu et chant),

       Charles TOIS (accompagnement piano)

      Richard BOHRINGER (voix off)

.     Décors : Nils ZACHARIASEN

•    Lumières : Stéphane BAQUET

  • CHRONOLOGIE DES POEMES ET CHANSONS

Paris par cœur (Bernard Dimey / Jean Ferrat) – Au Lux-bar (Bernard Dimey) Les enfants de Louxor (Bernard Dimey) – Quand on a rien à dire (Bernard Dimey) – J’ai trois amis (Bernard Dimey) – L’enfant maquille (Bernard Dimey / Charles Aznavour) – Mais si je n’ai rien (Bernard Dimey / Francis Lai) – Les pauvres (Bernard Dimey) – L’auguste (Bernard Dimey) – Le bestiaire d’autre part (Bernard Dimey) – Les imbéciles (Bernard Dimey / Léo Chauliac, Jean-Claude Pascal) – Tu ne m’as pas encore eu cette fois la vieille (Bernard Dimey) – Chanson pour Bernard (Dominique Dimey / Pierre Bluteau) – Syracuse (Bernard Dimey / Henri Salvador.

L’histoire de Bernard et Dominique DIMEY on la croirait sortie d’un conte de Prévert, c’est avant tout l’histoire d’une rencontre. Père et fille, Bernard et Dominique ne se connaissaient pas, c’est la poésie qui les a réunis, « le cœur a ses raisons que la raison ignore ».

Elle est parfois légère la vie comme un amour de jeunesse trop vite oublié et Bernard n’a pas su ou pas voulu savoir qu’il était devenu père à 26 ans. Dominique élevée par sa mère imaginait un père idéal, beau, grand.

Elle ne s’attendait pas à découvrir chez Bernard Dimey, surnommé l’ogre de Montmartre, un père plus que biologique, un père spirituel.

Bernard Dimey fait partie de ses artistes qui sont poètes dans la vie et pas seulement sur le papier, sans doute parce que la poésie, il faut la vivre pour pouvoir vraiment la communiquer. Bernard qui n’était pas attaché aux choses matérielles, ni à son apparence – il montait sur scène avec une chemise tachée – éblouissait le public par son charisme.

Tout le long du spectacle musical qu’elle a conçu en hommage à l’œuvre de son père, Dominique exprime sa personnalité bien à elle, celle d’une femme enjouée mais déterminée, qui s’identifie vitalement à une branche toute svelte et pleine d’énergie qui a jailli de l’arbre-poète en marche que représenta Bernard dans les rues de Montmartre, des années soixante à sa mort en 1981.

Ce sont les cafés, les rues, les gens du quartier qui ont inspiré à Dimey ses plus belles chansons « Parmi les joyeux drilles qui ne sont rien du tout mais qui sont tous quelqu’un ».

Sur scène, elle est toujours la fille de Bernard, la jeune fille si émue d’avoir été accueillie comme un rayon de soleil par Bernard. Alors l’on comprend facilement qu’elle souhaite encore rayonner pour lui et faire entendre sa voix à travers ses chansons qui vibrent merveilleusement.

Au piano, Charles Tois nous enchante par ses sourires complices et les propos de Bernard passent avec bonheur par le timbre de Richard Bohringer.

Le spectacle constitue un poème à part entière intitulé « Père et fille » un poème vivant d’une exquise simplicité que seuls savent interpréter ceux qui rêvent tout haut !

Paris, le 27 Juin 2019

Evelyne Trân

LE JEU DE LA VERITE de Philippe LELLOUCHE au THEATRE DU GYMNASE MARIE BELL – 38 Bd Bonne nouvelle 75010 PARIS -• Dates : Du 06 mars au 27 Avril •Horaires : du mardi au samedi à 21h00 – Samedi à 16h00 •Durée : 1h30 –

Comment les hommes parlent-ils des femmes lorsqu’ils sont seuls ? Les fantasmes ont la vie dure et nous aurons beau récurer les casseroles, ne nous attendons pas à faire de grandes découvertes sur leurs sentiments, même déguisé en petite souris.  

 Dans le Jeu de la vérité de Philippe LELLOUCHE, mis en scène par Marion SARRAUT, il faut reconnaître que les mâles en prennent vraiment pour leur grade mais nous devinons et c’est l’intérêt de cette comédie que derrière les lourdes vannes qu’ils s’échangent, sourd une réelle pudeur, un certain effroi vis-à-vis de la femme idéalisée, inaccessible.

Trois amis quinquagénaires, un célibataire, un divorcé et un époux rangé vont vivre un fantasme des plus excitants, celui des retrouvailles avec une femme idéale, celle dont ils ont tous été amoureux au lycée ou à l’université, une trentaine d’années auparavant.

Iront-ils au bout de leur surprise ? Le couvercle de la casserole en train de bouillir se soulève, glisse de côté et tous le rattrapent à tour de rôle, brûlant, avant de le reposer.

Voici imagé le jeu de la vérité consistant à poser les questions les plus embarrassantes à ses partenaires qui s’engagent à y répondre sans faux fuyants.

 A condition de n’être pas allergique aux horrifiques vannes des trois compères, à moins d’être insensible au charme féminin, comment ne pas succomber à celui de cette femme idéale incarnée avec grâce et subtilité par Mélanie PAGE.

Au demeurant, un grain de folie, celui d’une histoire d’amitié entre trois hommes, celui d’un amour impossible pour une femme trop belle, purifie l’atmosphère.

Vincent LAGAF’ est étonnant en célibataire en quête d’âme sœur,  Christian VADIM très attachant en divorcé paumé et David BRECOURT, mi-figue, mi-raisin dans ce rôle ingrat d’époux fonctionnaire, tient parfaitement la chandelle.

 La vérité grésille au coin du feu.  » Louve y es-tu ?  » s’inquiètent trois hommes qui guettent son apparition. Gageons que le public partagera leur émotion !

Paris, le 7 Avril 2019

 Evelyne Trân

 

L’HOMME QUI RIT – D’après le roman de Victor Hugo – Mise en scène Claire Dancoisne – Du 26 au 29 mars 2019 : La Comédie de Picardie – Amiens (62) – Du 2 au 6 avril 2019 : Le Théâtre du Nord, Centre dramatique nationale Lille-Tourcoing (59) •

Photo Christophe Loiseau

Tournée 2019 / 2020

Du 2 au 6 avril 2019 : Le Théâtre du Nord, Centre dramatique nationale Lille-Tourcoing (59) •

Le 16 et 17 mai 2019 : Théâtre du fil de l’eau, Pantin (75), dans le cadre de la Biennale internationale des arts de la marionnette de Paris  •

Entre le 20 et le 29 septembre 2019 : La compagnie sera le fil rouge du Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes, Charleville-Mézières (08) •

 Fin 2019 : Le Boulon – Centre nationale des arts de la rue et de l’espace public de Vieux-Condé (59), en partenariat avec Le Phénix – Scène nationale Valenciennes • Début décembre 2019 : EPCC la Barcarolle – Spectacle vivant Audomarois (62), Le Palais du Littoral à Grande-Synthe (59)

Distribution

 Mise en scène | Scénographie Claire Dancoisne

Adaptation Francis Peduzzi

Assistante à la mise en scène Rita Tchenko

Avec Jaï Cassart, Manuel Chemla, Anne Conti, Thomas Dubois, Hugues Duchêne, Gaëlle Fraysse, Gwenael Przydatek, Rita Tchenko

Création musicale Bruno Soulier

Création lumières Emmanuel Robert

Collaboration artistique Hervé Gary

Création des marionnettes Pierre Dupont

Création costumes Claire Dancoisne, Chicken, Jeanne Smith, Perrine Wanegue

Constructions Bertrand Boulanger, Chicken, Grégoire Chombard, Alex Herman, Olivier Sion

Régie générale et lumières Vincent Maire

Régie son François-Xavier Robert

Régie plateau Hélène Becquet

 

Ce qui crève les yeux, la misère, la douleur, la méchanceté ou l’amour, Victor Hugo l’a exploré tout au long de ses œuvres romanesques, théâtrales et poétiques. L’émotion a toujours guidé sa plume, elle est vitale,débordante, primaire. Pour la représenter, on peut la raccorder à cette grande vague d’Hokusai, saisie dans l’instant ou l’éternité.

L’onde de choc toujours qui stimule l’imagination, transfigure le blafard, illumine l’inerte, choque la raison, est manifeste dans  l’Homme qui rit, écrit en deux années de 1866 à 1868, un roman baroque, philosophique, politique, poétique qui met en scène un personnage embrassant tous les malheurs du monde.

Il s’agit de Gwynplaine, abandonné par sa famille noble, défiguré par des comprachicos (voleurs d’enfants), sauveur d’un bébé orphelin et aveugle, Déa, recueilli par un vagabond libertaire Ursus. Devenu Lord, Gwynplaine a toute légitimité pour prendre la parole au nom de la misère et dénoncer la décadence de l’aristocratie en Angleterre, au 18ème siècle, sous le royaume de la reine Anne, représentée notamment par les personnages de Josiane et de Barkilfedro.    

Cette trame complètement romanesque, invraisemblable, devient le levier des considérations philosophiques et politiques heureusement  relevées par l’inspiration poétique, visionnaire de Hugo.

Dans le spectacle qui réunit deux marionnettes celle de Gwynplaine et de Déa et plusieurs comédiens, la metteure en scène Claire Dancoisne s’est visiblement imprégnée de la charge éruptive et baroque du verbe hugolien avec son propre imaginaire où se mêle sa fascination pour les créatures qu’elles soient objets, humaines ou marionnettes.

 L’étoffe du merveilleux est un tissu ardent mais arrache-t-on son voile à une montagne, il faut laisser faire les nuages ou le soleil ou la neige pour comprendre que même une montagne, semble -t-il, immobile, n’est jamais tout à fait la même à nos yeux.

 Mais en vérité pour parler d’une même chose, nous nous référons toujours à une première impression. D’où un décalage fortuit qui freinera nos perceptions futures. L’humain est ainsi, il s’immobilise pour ne pas être appelé par le vertige ou la grande vague. C’est toujours l’histoire d’un fétu de paille ébloui par des forces cosmiques qui le dépassent :

« Avoir sur soi l’infini comme un cachot, avoir autour de soi l’immense évasion des souffles et des ondes, et être saisi, garroté, paralysé, cet accablement stupéfie et indigne …On se sent jouet. Jouet quel mot indigne ! »

 « L’âme de l’homme redoute cette confrontation avec l’âme de la nature »

 Cette attraction pour le mystère qui découle des éléments de la nature est d’ordre animiste. C’est la souffle, l’intention qui prédomine. A ce stade dans son lyrisme, le poète Hugo fait figure de celui qui entend abolir toutes les frontières entre l’inanimé et l’animé puisque le souffle, l‘anima touche toutes les créatures.  

 

Photo Christophe Loiseau

Les personnages s’affirment en tant que créatures. Ils se délogent de leurs cadres, ils entrent en scène. Ils déboulent d’une galerie de caricatures car c’est leur expression qui importe, il s’agit d’être vu, montrer, être montré, d’annoncer ses goûts et ses couleurs et surtout ses sentiments comme dans un bal masqué. 

 

Photo Christophe Loiseau

Les monstres ne sont pas ceux que nous croyons. Après avoir parlé avec la metteure en scène, une évidence s’est imposée, le moins monstre de tous les personnages, c’est L’homme qui rit, Gwynplaine représenté par une marionnette, la créature la plus humaine de tout le spectacle.

 Le spectacle essentiellement visuel nous offre des tableaux sublimes avec une sobriété de décors indiscutable. Quelle magnifique scène que celle de la tempête où l’on voit juste des silhouettes accrochées à des planches qui se déhanchent sous les vagues.

 La scène finale où Gwynplaine devenu Lord prend la parole et devient la risée de la chambre des lords et de la reine est fabuleuse.

 Il semble que Victor Hugo quasiment submergé par sa vision de L’homme qui rit n’ait pas réussi à le faire descendre sur terre sans doute parce que voulant représenter la misère, il savait qu’elle n’avait pas sa place dans l’arène politique. Gwynplaine est un personnage fantastique, une sorte de Frankenstein, il est seul. Qui invitera de nos jours un SDF à la tribune du parlement ou du sénat ?

 Gwynplaine fait partie du quart monde. Enfant issu d’une famille noble, abandonné, devenu monstre de foire après subi la défiguration de son visage, élevé par un forain sans toit ni loi, il cumule tous les attributs d’une destinée tragique et marginale.

 Tel quel, absolument romanesque, il peut continuer à hanter les esprits. D’ailleurs, derrière l’épouvantail, se dresse la silhouette de Victor Hugo, c’est son propre discours politique qu’il prête à L’Homme qui rit, et la risée que subit le personnage, Victor Hugo l’a lui-même éprouvée.

 Derrière L’homme qui rit, il y a l’homme blessé dans sa propre représentation, le mystère propre à Hugo, grand bourgeois, bouleversé par le spectacle de la misère. Il eut pu dire « L’homme qui rit, c’est moi »

Photo Christophe Loiseau

Impressionnant par la beauté de ses tableaux tous inspirés par les descriptions effarantes de Hugo, l’inquiétante étrangeté des créatures monstrueuses et comiques, mouvementée par une musique très éclectique, le spectacle de Claire Dancoisne et de toute son équipe, constitue une magnifique récréation de  L’homme qui rit  magnifié par une marionnette  tragiquement humaine.

 Paris, le 5 Avril 2019

Evelyne Trân

APRES LA NEIGE – CREATION 2018 – TOUT PUBLIC – TEXTE ET MISE EN SCENE D’AURELIE NAMUR – AU THEATRE POPULAIRE D’UZES – Cour de l’Ancien Évêché 30700 UZES le 4 AVRIL 2019 –

 

TOURNEE 2019

• 6 avril au centre culturel d’Alénya à 20 H 30

• les 17 & 18 AVRIL à L’Illustre Théâtre à Pézenas (34) à 20h45 dans le cadre de la saison culturelle du Théâtre de Pézenas avec SortieOuest-EPIC Hérault Culture et le Théâtre Le Sillon-Scène conventionnée d’intérêt national Art en Territoire.

• APRES LA NEIGE sera au festival d’Avignon off 2019 à La Manufacture 

le 10 OCTOBRE à la Scène Nationale d’Alençon (61) – (Horaire défini ultérieurement)

 
  

Assistanat mise en scène Anna Zamore
Collaboration artistique
Félicie Artaud
Scénographie
Claire Farah
Construction décor
Bernard Caumel
Création sonore et

régie générale
Antoine Blanquart
Création lumière
Claire Eloy
Régie lumière
Bruno Matalon

Les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima, nous en avons tous entendu parler et à vrai dire nous préférerions ne pas y penser, il y a tellement d’autres urgences à régler au jour le jour au quotidien.

 Aurélie NAMUR justement s’est saisie de cette notion du quotidien de façon très perméable pour écrire une pièce qui mobilise à la fois notre imaginaire et notre conscience.

 Elle entend faire partager l’émotion qu’elle a ressenti lors de la réception d’un documentaire « Le monde après Fukushima » de Kénichi WATANABE et une scène en particulier où l’on voit une mère exhorter sa fille de 6 ans « à ne jouer dehors qu’une heure seulement, et à ne pas toucher le sol… ».

 Une perspective de fin du monde en quelque sorte où tout ce qui fait partie de l’ordinaire, est soudain remis en question, requiert une vigilance, une attention de tous les instants parce que le sol se trouve contaminé et qu’il n’est plus possible de se déplacer sans un dosimètre mesurant la radioactivité.

 La pièce met en scène une famille juste composée du père, de la mère et de leur petite fille, réfugiés dans un préfabriqué à quelques kilomètres du lieu de la catastrophe.

 Il faut pourtant continuer à vivre, supporter le sentiment de se trouver en quarantaine, coupés du monde par le malheur. Les parents composent avec leurs angoisses car crier au secours devient dérisoire.

 Vivre au jour le jour désormais prend tout son sens. Il n’y a plus de place pour les futilités extérieures. Il faut reprendre possession de soi, de l’essentiel, ses rêves, ses sentiments. Dans une telle situation, lever les yeux vers la lune, lui parler comme fait la mère c’est du bonheur.

 Et puis il y a l’être enfant, la petite fille qui dispose d’un tel capital de vie qu’il est impossible d’oublier son rayonnement. Comme si l’enfant avait d’autres antennes que celles des adultes.

La petite fille prénommée Alice comprend le danger mais il ne lui fait pas peur. Elle réussit à communiquer avec les animaux dont elle capte la présence souvent invisible mais irrésistiblement prégnante. Une biche qu’elle poursuit jusque dans un terrain très éloigné de son gite, devient son interlocutrice fantastique et magique.

 Mais que vient donc faire le rêve dans la réalité ?  Le rêve nous parle de vie possible, de lutte pour la vie, d’instinct de vie qui bataille contre l’instinct de mort.

 La pièce d’Aurélie NAMUR, de facture très poétique questionne notre présence au monde. Puisque nous ne pouvons pas nous mettre à la place des irradiés de Fukushima, elle a transposé l’histoire dans un pays imaginaire où il est juste question d’humains dont les expériences tragiques interrogent notre avenir, celui primordial de nos enfants.

 Elle plonge le noyau dur, celui d’une situation extrême, dans le courant d’un rêve qui permet d’entrer dans les têtes des personnages de façon fluide, d’intercepter leurs mouvements, leurs sensibilités de l’intérieur. Tout devient langage dans le sable mouvant de la pensée, tous les sens sont sollicités.

 A la fois dépouillée et onirique, la mise en scène réussit de façon surprenante à nous parler d’un sujet particulièrement difficile, les catastrophes nucléaires, par le prisme du rêve, du fantastique.

 Il s’agit d’un spectacle merveilleusement sensible, interprété par des comédiens particulièrement réceptifs, sans d’autre prétention que de nous parler doucement, en s’adressant aussi bien à l’enfant qui est en nous qu’à l’adulte responsable, de l’avenir du genre humain, ici et maintenant.

 Paris, le 25 Décembre 2018

Mise à jour le 29 Mars 2019

 Evelyne Trân

VIVE DEMAIN ! Michèle BERNIER – ONE WOMAN SHOW au Théâtre des Variétés 7 Bd Montmartre 75002 PARIS – A partir du 17 Janvier 2019 -• Durée : 90 min – • Horaires: Du mercredi au samedi à 20h30 et matinées le samedi et dimanche à 17h00 –

 Créateurs

Auteure : Marie Pascale OSTERRIETH et Michèle BERNIER
Metteuse en scène : Marie Pascale OSTERRIETH assistée de Hélène CHRYSOCHOOS
Décors et Images : Pierre-François LIMBOSCH
Lumières : Laurent CASTAINGT
Musique : Jacques DAVIDOVICI
Costumes : Charlotte DAVID

Impressionnante Michèle BERNIER, virtuose du coq à l’âne ! Sauf que chez elle, la césure n’est pas brusque, elle est invisible, ce qui lui permet de surfer intelligemment sur toute une mine de sujets qui orientent de nos jours nos conversations, stigmatisés par les médias, la crise climatique, la robotisation grandissante, la fin du monde, projetant sur l’avenir de l’homme une ombre décidément monstrueuse.

Qu’à ne cela ne tienne, Michèle BERNIER n’est pas du genre à se laisser abattre et puis elle dispose de cette qualité hors normes, l’humour qui suggère de ne jamais se prendre au sérieux.

Songeons que les esprits d’Aristophane, Rabelais, Molière, Socrate et toute une constellation de philosophes ont survécu aux guerres, aux annonces d’apocalypse.

Donc, la bonne humeur, le système D, notre capacité d’adaptation la méthode Coué, peuvent en découdre avec cette épée de Damoclès brandie par les Cassandre de tous bords.

Michèle BERNIER n’a pas besoin de beaucoup d’artifices pour oser imposer sur scène sa présence, somme toute vulnérable, mais bouillonnante.

Avec cette niaque qui la caractérise, Michèle BERNIER suscite l’empathie du public ravi de cette belle opportunité de s’entendre dire : Vive demain !

Paris, le 28 Mars 2019

Evelyne Trân

 

BONHOMME Un spectacle de Julien Tauber (conteur) et Vincent Godeau (illustrateur) – Un conte visuel et farfelu – Un spectacle tout public dès 7 ans – Le 20 mars à 19h30, 21 mars à 10h et 14h30 Théâtre A Malraux – Chevilly Larue (94) et Théâtre d’ETAMPES (91) le mardi 2 avril à 10h et 14h30 et le mercredi 3 avril à 15h –

Texte de Julien Tauber

Avec Julien Tauber conteur

Décors : Vincent Godeau assisté d’Arnaud Finix

Mise en scène : Sylvie Faivre

Création musicale : Linda Edsjö

Conception sonore : Pierrick Le Rille

Création lumières : Colas Reydellet

Teaser : Marie Cogné

Photos : Stéphanie Gutierrez-Ortega

Avec le coup d’œil avisé et le soutien logistique de Floriane Soyer, avec le regard bienveillant d’Abbi Patrix et le soutien de Marina Tullio et de la compagnie du cercle.

TOURNEE

AVRIL 2019 –

Théâtre d’Etampes (91)
 mardi 2 avril à 10h et 14h30 et le mercredi 3 avril à 15h  

Grande Halle de la Villette – Salle B Vian – Paris

16 avril à 10h, 17 avril à 10h et 15h
18 avril à 10h et 14h30
19 avril à 10h et 19h
20 avril à 15h

MAI 2019 –

22 mai à 10h et 15h
Espace 600 – Grenoble (38) dans le cadre du
festival des arts du récit en Isère.

 

« Tout peut sortir d’un mot » disait Victor Hugo. Tout peut sortir d’une image de nos jours. Julien TAUBER et Vincent GODEAU se sont donné la main pour créer l’univers de Bonhomme un personnage pas plus haut qu’un pouce, digne héritier de Tom Pouce.

 Un paysage en carton-pâte, luxuriant de couleurs, aussi mobile qu’un jeu de construction géant qui affiche tantôt des visages, des immeubles, des portes, des corps, qui pourraient nous rappeler ces immenses placards publicitaires qui surgissent de tous côtés à la sortie des villes.

 Julien TAUBER s’inspire de quelques grappes de notre environnement quotidien, notamment de cet ogre, le Centre commercial qui « envahit tout l’espace » telle une ville tentaculaire, pour imaginer le parcours de Bonhomme qui n’a pour seul moteur que son imagination renversant les balises de notre perception.

 Juste le pouce d’une main qui court, court, nage à contre-courant pour devenir le héros d’un conte invraisemblable où une choucroute garnie devient un palais doré qui brille au soleil.

Sans complexes, Julien TAUBER déménage les motifs des contes traditionnels, faisant débarquer les personnages de Roi, de Princesse sur l’image gourmande d’une choucroute (invisible) mais superbement bien décrite, pour redorer le blason d’un héros qui a le pouvoir, lui, de tout voir. Il est d’ailleurs appelé le Regardant.

 Julien TAUBER est un conteur magicien très inspiré qui jongle aussi bien avec les aventures de Bonhomme aussi filandreuses qu’une choucroute qu’avec les cartons aux dessins joyeusement épurés de Vincent GODEAU, dans une ambiance musicale très suggestive émanant des sons émis par les cartons et du marimba, un xylophone africain.

 Il nous vient à l’esprit la chanson de Prévert » En sortant de l‘école ». Ici, hypnotisé par l’œil d’une affiche, notre héros Bonhomme auquel tous les enfants peuvent s’identifier, arpente debout tous les wagons d’un train imaginaire, muni du seul fouet de son imagination débridée.

 Nul doute que les enfants qui découvriront le spectacle auront envie d’écrire ou d’oraliser leurs propres contes à partir, qui sait, juste un bateau en papier qu’ils colorieront eux-mêmes.

 Julien TAUBER s’adresse directement à l’enfant « Imagine que chaque brin d’herbe est plus haut que toi » et la magie opère car le conteur mêle si bien le geste à la parole que Bonhomme sort véritablement de sa bouche. Sacré Bonhomme !

Paris, le 26 Mars 2019

Evelyne Trân